Statement

FR
J’utilise ma pratique artistique comme laboratoire pour chercher d'autres manières d'être ensemble et d'être au monde. A travers différents médiums, je construis des espaces d’explorations corporelles et relationnelles.

Comme Baptiste Morizot , je pense que la crise écologique que nous traversons est avant tout «une crise de la sensibilité : un appauvrissement de ce que nous pouvons pouvons sentir, percevoir, comprendre et tisser comme relations à l’égard du vivant». Je crois que c’est en «réparant» notre capacité à entrer en résonance avec notre environnement et l’autre que nous pourrons déjà réagir face aux bouleversements actuels. 

Et je veux me servir de l’espace de l’art pour explorer et rendre visible ce que je sens être une urgence de notre époque : une réappropriation sensorielle et sensible. Dans cette approche, les oeuvres que je développe sont soit des propositions expérientielles soit leurs archives sous forme de films, de photos ou de pièce sonore.

Dans cette perspective, dans mon travail je m’intéresse à créer des « invitations à sentir* ». Je conçois mon travail de la performance en développant des stratégies pour impliquer l’audience de manière corporelle. Je cherche à rendre le public “actif”, à lui redonner son agentivité par le biais des sens (voir Somme Sensible). Je crois à une nouvelle forme de médiation artistique qui soit d’abord corporelle, esthétique au sens étymologique du terme : dans la sensation. 

J’ai lié mon parcours en sciences sociales avec ma recherche performative afin de fabriquer ma propre méthodologie de recherches. Celle ci s’axe sur la transmission de pratiques somatiques et l’exploration collective et collaborative. 

Dans mon processus créatif, je cherche d’abord à constituer un écosystème relationnel, à tisser des liens entre différent.e.s agent.e.s et singularités au sein d’un groupe. J’aime travailler in-situ, à partir des forces en présence en considérant le paysage comme fonction immersive. Je cherche à déployer un espace où « sentir ce qui est nous et hors de nous » et rentrer en relation avec les vivant.e.s, humain.e.s ou autres qu’humain.e.s. 

 J’approche toujours la mise en scène comme une construction d’ «agencements» à partir des champs de l’improvisation et selon la définition d’Anna Tsing : comme des «assemblements toujours ouverts». Les agencements «montrent la possibilité de tisser des histoires à partir de ce qui, toujours, est en train de se refaçonner». Ils «ne mettent pas seulement ensemble des modes de vie ; ils en fabriquent**».  Je cherche ainsi à témoigner d’un état de possible :  modéliser des sociétés alternatives pour générer de nouveaux récits. 


*J’emprunte le terme d’invitation à sentir” au chercheur Mathieu Bouvier.
** Anna Tsing, Le champignon de la fin du monde, 2015. 




EN
My artistic research investiguate experiences that invite different modalities of being-in-the-world and of being-together within it. I invest art as a laboratory for these modalities. I build spaces of corporeal and relational exploration.

I believe the work cannot be contained in the object but must be made of "the same substance as life". This is an invitation to envisage the work, as John Dewey writes, as a continuum of "continuous and cumulative interactions between an organic individual and the world". 

In this perspective, the artist’s goal, like that of the public, is to seek out the multiplicity of possible sense-interactions, anchored in their physical bodies (see Somme Sensible).

In my photography and video practices, I pretext image-making to create situations of sensory intensity between people and places. The work that is not a direct invitation to presence is the visual trace of one. It stands in the thin membrane between mise-en-scene and documentary archive.

 The creative process begins with the constitution of a relational ecosystem, building bonds between the people and places. I like to work in-situ, from what is already there, considering the landscape for more than its pictorial availability but for its immersive function. I seek to deploy a space where "to feel what is in us and out of us".
 
I thus often resort to ecosomatic exercises, taking my performers to an altered state of hyper-presence from which something unscripted may burst forth. This outburst begins as an encounter with the surroundings, it sometimes becomes a transformation, a change of state, or an secular ritual.

I believe in a new form of artistic mediation, a properly aesthetic one in the etymological sense of sensorial. Art must contribute in a concrete way to develop a new mental ecology: to carry a sensitive revolution, whose first throws are attentivity to space and attentivity to the other. 









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